Disneyland Paris doit-il avoir peur d'Universal ?

Disneyland Paris doit-il avoir peur d'Universal ?

Cent trente kilomètres. C’est la distance exacte qui sépare le nouveau chantier britannique d'Universal Studios du marécage militaire où l'entreprise rêvait de s'implanter en 1990. Après avoir essuyé quatre fiascos cuisants à travers l'Europe en trente ans, le géant américain du divertissement prépare enfin sa revanche. Porté par le succès phénoménal d'Epic Universe en Floride, Universal s'apprête à faire trembler le monopole de Disneyland Paris. Avant de détailler le projet pharaonique qui se construit actuellement en Angleterre, il faut visiter un cimetière industriel. Quatre projets morts, témoins d’une obstination américaine de plus de trente ans.

PParzy·29 mars 2026·7 min de lecture

1. Le cimetière des ambitions : 30 ans d'échecs européens

À la fin des années 80, Universal (qui s'appelle encore MCA) transforme Hollywood en machine à cash avec son célèbre Studio Tour. Fort de l'ouverture d'Universal Studios en Floride en 1990, le groupe regarde vers l'Europe et ses 500 millions de consommateurs.

  • L'échec anglais (1990) : Universal jette son dévolu sur un ancien terrain de tir militaire à l'est de Londres : près de 600 hectares de marécage. Le plan est d'y créer un parc à thème et des studios de production capables d'attirer la BBC, pour détourner les touristes du futur Euro Disney. Mais le terrain est contaminé, les écologistes s'y opposent, et le gouvernement britannique refuse d'accorder des avantages fiscaux suffisants. En 1993, Frank Stanek (patron de MCA Enterprise International) tire la prise.

  • L'hallucination française (Melun-Sénart) : Le plan B est vertigineux. Universal achète plus de 500 hectares de terres arables en Île-de-France (Combs-la-Ville et Évry-Grégy-sur-Yerre), à seulement 30 minutes de Marne-la-Vallée. Le projet à 10,5 milliards de francs (environ 1,8 milliard de dollars de l'époque) promet un parc à thème, un parc aquatique et de vastes plateaux de tournage pour résoudre le manque d'infrastructures du cinéma français. L'État déroule le tapis rouge (prix agricoles de 1971, avantages fiscaux et infrastructures). Mais en avril 1992, le fiasco financier de l'ouverture d'Euro Disney effraie Universal : si Mickey se noie en Europe, pourquoi nager dans la même piscine ? Le projet finit dans un tiroir, bien que, selon certaines sources, Universal posséderait encore des terrains à Carré Sénart.

  • Le parc fantôme allemand (Krefeld) : Au milieu des années 90, un projet plus compact nommé Hollywoodlandest envisagé en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, près de Movie Park Germany. Le projet est abandonné, un timing révélateur alors que MCA vient d'être racheté par Seagram en 1995.

  • Le mariage raté en Espagne (PortAventura) : Changeant de stratégie, Universal acquiert 37 % du parc catalan de Salou, sur la Costa Daurada, en 1998. Le parc devient Universal Mediterranea. L'injection de capitaux donne naissance à deux hôtels, au parc aquatique Costa Caribe, au simulateur Sea Odyssey, et surtout à Templo del Fuego, un chef-d'œuvre pyrotechnique et aquatique de plus de 30 millions d'euros. Pourtant, en 2004, Universal vend toutes ses parts. Le parc redevient "PortAventura" en un seul mot pour des raisons de marque, et Universal quitte à nouveau le continent.

L'Europe ne voulait pas d'Universal. Sauf qu'elle n'avait pas encore rencontré sa version 2025.

2. Le "Game Changer" : Le triomphe d'Epic Universe

Le 22 mai 2025, Universal ouvre Epic Universe à Orlando. C'est le pari industriel le plus risqué de l'histoire récente du divertissement, estimé à environ 7 milliards de dollars.

Le parc propose 50 attractions sur cinq mondes thématiques : le Ministère de la Magie (Harry Potter), Super Nintendo, un monde en plein air viking de dragons, le Dark Universe avec les monstres classiques, et le hub Celestial Park.

L'explosion financière Dès le 3ème trimestre 2025 (premier trimestre complet d'opération), les revenus de la division parcs à thème de Comcast grimpent de 18,7 % (2,7 milliards de dollars). Au 4ème trimestre, la croissance s'accélère à +22 %, et le bénéfice avant impôts franchit pour la première fois le cap du milliard de dollars sur un seul trimestre. Sur l'année complète, la division parcs engendre près de 10 milliards de dollars de revenus (+14,2 %).

Mais le chiffre le plus important est celui de la cannibalisation quasi nulle. Epic Universe ne vole pas de visiteurs aux anciens parcs d'Orlando, il en crée de nouveaux. Le taux d'occupation des hôtels grimpe de 3 % et le tarif moyen par nuit bondit de 20 %. La conquête d'un continent vierge comme l'Europe (350 millions de personnes à moins de deux heures de vol de Londres) devient alors une suite mathématique logique.

3. La conquête du Royaume-Uni : Universal Great Britain

Fin 2023, Universal enregistre discrètement les noms de domaine UniversalStudiosGreatBritain et UniversalGreatBritain. En décembre, Comcast acquiert la société de construction Cloud Wing UK et met la main sur 192 hectares à Bedford (totalisant 268 hectares avec les extensions). Un seul parc, mais un terrain suffisamment vaste pour dépasser Disneyland Paris dans son intégralité (environ 900 hectares).

Situé à 80 km au nord-ouest de Londres, à 1h10 en train de St Pancras International et à 40 km de l'aéroport de Luton, le site est à portée de la moitié de la population britannique en moins de deux heures.

Le gouvernement britannique déroule le tapis rouge. En avril 2025, le Premier ministre annonce son soutien officiel. En décembre 2025, le ministère du Logement approuve un Special Development Order (une procédure rarissime réservée aux projets d'intérêt national). Les pelleteuses sont déjà sur le terrain pour une ouverture prévue fin 2030 ou début 2031.

Les chiffres de la démesure L'investissement représente plusieurs milliards de livres, avec des retombées économiques estimées à 50 milliards de livres d'ici 2055. Le chantier représente 20 000 personnes, pour aboutir à 8 000 postes permanents. La fréquentation visée est vertigineuse : 8,5 millions de visiteurs la première année. Si Universal atteint cet objectif, le parc s'imposera d'emblée comme le deuxième plus visité du continent, terrassant Europa-Park, Efteling et les Walt Disney Studios, se plaçant juste derrière le parc principal de Disneyland Paris.

4. Franchises et choc culturel : Disney en danger ?

Bien qu'Universal affirme qu'il est trop tôt pour partager les détails, des sources proches du projet révélées par la BBC affirment que les contrats sont signés. Le parc ouvrirait avec quatre lands thématiques (la majorité des attractions étant en intérieur, climat oblige) :

  • Le Seigneur des Anneaux : L'attraction phare (dont le développement est si avancé que les détails se joueraient sur la "nuance de peinture" du château).

  • James Bond : Un spectacle de cascades en intérieur, format éprouvé chez Universal et comparable au show Bourne de Floride.

  • Paddington : La zone familiale par excellence.

  • Retour vers le futur : Un coaster traversant la reconstitution de la place du tribunal de Hill Valley.

  • D'autres lands (Jurassic Park/World, Les Minions) et un amphithéâtre aquatique similaire à WaterWorld seraient également au programme.

L'ironie suprême ? Harry Potter sera absent à l'ouverture. Des contrats d'exclusivité en béton armé le lient au Warner Bros. Studio Tour, situé à 40 minutes de Bedford. L'univers qui a sauvé Universal aux USA ne sera pas de la partie au lancement, bien qu'une future extension avec Nintendo ou Wicked soit possible.

La fin de l'arrogance et du monopole Disneyland Paris doit s'inquiéter. Non pas sur la qualité (Disney Adventure World est en pleine métamorphose), mais sur la perte de son monopole trentenaire. Depuis 1992, l'absence de concurrent direct permettait d'augmenter les prix et de ralentir les investissements. Avec Universal Great Britain, les familles britanniques auront une alternative de classe mondiale sans traverser la Manche (le groupe Merlin et ses parcs Alton Towers, Thorpe Park et LEGOLAND encaisseront aussi le choc de plein fouet).

Surtout, Universal tire les leçons de l'histoire. En misant sur James Bond, Paddington ou le Seigneur des Anneaux, ils ne répètent pas l'arrogance d'Euro Disney de 1992 qui avait imposé la culture américaine (à coups de hamburgers et d'interdiction de vin). Universal raconte l'imaginaire et les héros britanniques. Trente ans et cinq échecs plus tard, Universal s'apprête à achever sa conquête de l'Europe.

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Parzy

Rédaction

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