Mirapolis : Autopsie d’un crime industriel à 500 millions
Avant l'arrivée de Mickey en France, un colosse de béton devait régner sur le divertissement européen : Mirapolis. Entre financements opaques issus du scandale de la BCCI, sabotages commandités par des commandos forains et erreurs d'ingénierie fatales, découvrez comment ce "Disney français" est passé du rêve de grandeur au dynamitage pur et simple. Plongée dans les coulisses d'un désastre prémédité.
1. La genèse : L'orgueil national
En 1985, dans une France glaciale, la rumeur de l'implantation de Disney court. Pour ne pas attendre les Américains, on décide de créer un champion national à Cergy-Pontoise. Le concept de l'architecte Anne Fourcade est de célébrer les légendes de France (le Roi Arthur, la Ville d'Ys, Rabelais) sans aucun plastique américain.
2. Une gigantesque machine à laver
Le montage financier s'appuie sur Ghaith Pharaon, un milliardaire saoudien au cœur du scandale de la BCCI (la banque du Cartel de Medellin). Mirapolis sert à injecter et blanchir des capitaux massifs.
Le désastre ingénierique : L'objectif n'étant pas la rentabilité mais la construction rapide, aucune étude de sol sérieuse n'est faite. Les ingénieurs rasent tout et coulent 3 000 mètres cubes de béton dans le sol du Val-d'Oise, créant une immense dalle plutôt qu'un parc paysager.
3. Le siège et le sabotage industriel (20 mai 1987)
L'inauguration se transforme en guerre civile. Des centaines de forains, furieux de la concurrence déloyale (Mirapolis bénéficie d'une TVA à 7% contre 18,6% pour eux), assiègent le parc.
Les commandos d'infiltration : Des groupes sabotent les zones techniques en versant du sable, de la lessive et du sucre dans les groupes électrogènes, provoquant des serrages moteurs. Les banquettes sont arrachées et les câbles hydrauliques sectionnés.
Le chaos logistique : Les parkings mal dessinés saturent l'autoroute A15. À l'intérieur, les restaurants, mal approvisionnés, sont en rupture de pain et de frites dès 13h00.
4. L'enfer de "Mirabéton" et les erreurs de conception
L'été 1987 révèle un parc invivable : une dalle de béton blanc brûlante, sans ombre, avec des zones mortes de 500 mètres. Pour une entrée hors de prix à 100 Francs, les visiteurs subissent des attractions défaillantes :
Le Miralooping : Ce grand-huit mal calculé devient une machine à torture. Les vibrations infligent migraines, nausées et petits traumatismes cervicaux, lui forgeant la réputation de "tueur de dos".
Gargantua : La statue de 35 mètres et 100 tonnes abrite une attraction lente, bizarre et malaisante, ainsi qu'une cantine chère servant des steaks-frites tièdes.
5. L'exécution finale
Après une panique bancaire en 1988 et un appel au secours pathétique au Club Med (marqué par la présence du chanteur Carlos sur une licorne en plastique), les forains (la famille Campion) rachètent la carcasse en 1989. La réputation du parc est déjà morte, et les grilles se ferment le 20 octobre 1991.
En septembre 1995, la décision est prise d'effacer la honte : la tête du géant Gargantua est définitivement dynamitée, scellant le traumatisme des investisseurs français pour les parcs d'attractions.
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Parzy
Rédaction
Auteur de cet article.
