3 parcs d'attractions annoncés en France, dont un parc DRAGON BALL !

3 parcs d'attractions annoncés en France, dont un parc DRAGON BALL !

Six milliards d'euros, trois parcs à thème, 22 000 emplois. Le 24 août, Emmanuel Macron annonce un projet géant à Cergy-Pontoise, porté par Qiddiya, la filiale loisirs du fonds souverain saoudien. Un premier parc dédié aux mangas, une rumeur Dragon Ball, et un site que la presse situe sur l'ancien terrain de Mirapolis, déjà financé en partie par de l'argent saoudien avant de finir à la dynamite. Mais derrière l'annonce, il n'y a qu'un protocole d'accord : une promesse, pas un chantier. Terrain privé, surface limitée, desserte, hôtels, budget flou… Et pourtant, cette annonce pourrait être la meilleure nouvelle de la décennie pour Disneyland Paris.

PParzy·25 août 2026·11 min de lecture

Une vidéo de la chaîne Parzy — l'envers du décor des parcs d'attractions.

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1. 6 milliards d'euros : l'annonce de trois parcs à thème à Cergy-Pontoise

Lundi 24 août, en fin de journée, Emmanuel Macron publie un message : à Cergy-Pontoise, trois parcs à thème vont voir le jour. 6 milliards d'euros d'investissement, 22 000 emplois créés, « du jamais vu depuis Disneyland Paris ». Voilà l'annonce. Maintenant, regardons dedans.

D'abord, ce n'est pas une surprise. Politico sort le dossier fin juillet, l'AFP confirme dix jours plus tard, et Valérie Pécresse explique que la Région y travaille depuis 18 mois. Un premier protocole avait même été signé à Choose France en mai 2025. Emmanuel Macron n'a donc pas lancé un projet : il a officialisé une négociation de 18 mois.

L'investisseur, c'est Qiddiya, la filiale loisirs du fonds souverain saoudien. Chez eux, à Qiddiya City, un parc Six Flags a ouvert fin décembre avec le coaster présenté comme le plus haut et le plus rapide du monde, et un parc aquatique a ouvert en avril. Ce ne sont pas des investisseurs de PowerPoint : ils livrent. Sauf que livrer en Arabie saoudite et livrer à Cergy, ce n'est pas le même sport.

2. Mirapolis, Dragon Ball, protocole : ce que disent vraiment les gros titres

  • Emmanuel Macron n'a pas dit « Mirapolis », il a dit « Cergy-Pontoise ». C'est la presse qui situe le projet sur le site de Mirapolis. L'Élysée, lui, n'a pas figé la parcelle.

  • Le mot « Dragon Ball » n'apparaît nulle part. Officiellement, le premier parc sera dédié à « l'univers des mangas ». Dragon Ball vient d'une conseillère de l'Élysée, qui raconte que le projet est né à Riyad en décembre 2024, autour d'une passion commune pour Dragon Ball Z.

  • Ce qui a été signé est un protocole d'accord. Pas un permis de construire, pas un contrat de licence, pas une date. Une promesse, pas un chantier.

3. Le miroir de Mirapolis : un terrain qui a déjà vu ce film

Une promesse sur ce terrain-là, ça a déjà été fait. J'ai consacré une vidéo à l'autopsie de Mirapolis, mais il suffit de poser deux images côte à côte.

Hier, une architecte, Anne Fourcade, cherche de l'argent pour son parc des contes français. Elle le trouve chez un milliardaire saoudien, qui finance une partie du projet puis se retire en 1990, en pleine faillite. Il sera plus tard poursuivi aux États-Unis dans le scandale BCCI et mourra en 2017 sans avoir été jugé. Jacques Chirac inaugure un parc vendu comme le premier au monde relié par le métro à une capitale. Sauf que le RER n'est pas le métro, et qu'il n'arrive à Cergy qu'en mai 1988 : un an trop tard, la navette est obligatoire.

Aujourd'hui, un président annonce, l'argent vient d'un fonds saoudien, le terrain visé est le même, et la desserte est toujours sur la table. Je ne dis pas que l'histoire se répète. Je dis que ce terrain a déjà vu ce film, et qu'il a fini à la dynamite.

4. Les 5 problèmes du terrain de Cergy que personne n'a regardés

  • Le terrain est privé. L'ancien site de Mirapolis appartient à un promoteur via une société baptisée SNC Cergy, qui n'est pas là pour faire un parc : elle a déposé fin 2023 un permis pour de l'hébergement touristique, du coliving et du coworking, sur 10 hectares d'une parcelle de 30. L'autorité environnementale a rendu un avis en juillet 2024, avec 25 recommandations. Qiddiya a-t-il racheté ? Personne ne le sait, et c'est le silence complet de son côté.

  • Trois parcs, ça rentre ? Le domaine historique faisait 55 hectares ; le périmètre étudié aujourd'hui n'en fait que 30. Or, en Arabie saoudite, un seul parc Dragon Ball de Qiddiya fait 50 hectares : 7 zones, plus de 30 attractions et une sculpture de Shenron de 70 mètres. Un seul parc saoudien, c'est déjà tout Mirapolis. Soit le projet déborde largement autour, soit les parcs sont bien plus petits que la « destination mondiale » le laisse penser, soit ce n'est pas exactement ce terrain-là.

  • Le terrain est habité. Une communauté de gens du voyage vit sur le site depuis 2017 : plusieurs centaines de personnes d'après l'autorité environnementale, qui rappelle que leur relogement fait partie du projet et que la justice européenne encadre toute expulsion. Le dossier ne dit même pas si des discussions ont eu lieu avec eux.

  • La desserte et les lits. Le RER A a son terminus à Cergy-le-Haut, à un quart d'heure à pied du site. Détail génial : Cergy-le-Haut et Marne-la-Vallée sont les deux terminus opposés de la même ligne. Disney à un bout, les Saoudiens à l'autre. Sauf qu'il n'y a ni trottoir ni piste cyclable pour rejoindre la gare, et que l'autorité environnementale recense sur le terrain 39 espèces protégées et plus de 1 100 arbres à abattre rien que pour la première tranche. Surtout, un parc vit aujourd'hui du séjour : Disneyland Paris compte plus de 5 700 chambres, le Parc Astérix passe de 450 à 750 chambres début 2027, et Universal ouvrira avec 500 chambres dès le premier jour. À Cergy, le parc hôtelier est économique, calibré pour les étudiants et les séminaires.

  • L'ordre de grandeur. 6 milliards, ça sonne énorme. Mais Universal met plus de 5 milliards de livres en Angleterre, et l'État britannique ajoute 1,3 milliard, dont 474 millions pour la route et le rail. Tout ça pour un parc et son resort. Ici, 6 milliards doivent couvrir trois parcs, des hôtels et des infrastructures, et personne ne dit comment ils seront répartis. C'est une question, pas une accusation.

Reste une inconnue : quels sont les deux autres parcs ? Certains parient sur un parc aquatique, puisque Qiddiya vient d'en ouvrir un et qu'à Cergy, en hiver, il faudrait forcément du couvert. Sauf que ce parc existe déjà en Île-de-France : Aqua Mundo, à Villages Nature, ouvert en 2017 à 6 km de Disneyland Paris. Il est né d'une coentreprise entre Center Parcs et Disney, et en décembre 2022, Disney a revendu ses parts.

5. Pourquoi c'est une bonne nouvelle pour Disneyland Paris et le Parc Astérix

Cinq problèmes et une inconnue… et pourtant, cette annonce me rend optimiste. Pas pour Cergy : pour Marne-la-Vallée et pour Plailly. S'il y a une chose que j'ai comprise en faisant cette chaîne, c'est que Disney n'investit pas quand il en a envie, mais quand il y est forcé.

En février 2018, à l'Élysée, Bob Iger promet 2 milliards d'euros à Emmanuel Macron pour trois zones : Marvel, La Reine des Neiges et Star Wars. La zone Reine des Neiges ouvre le 29 mars 2026, huit ans plus tard, le temps de faire deux mandats présidentiels. Et la promesse n'est même pas complète : le land Star Wars n'a jamais vu le jour, et à la place, Le Roi Lion est encore en chantier. Le résultat est superbe, mais huit ans pour le groupe le plus riche du secteur, sur une destination à 16 millions de visiteurs, ce n'est pas un rythme de leader : c'est un rythme de rentier. Le parc aquatique à 6 km ? Revendu. Et à l'ouest, quelqu'un annonce 6 milliards d'un coup. Vous croyez que ça n'a pas été vu chez Disney lundi soir ?

Regardez la carte : à l'est, Disney. Au nord, Astérix. De l'autre côté de la Manche, Universal, dont l'ouverture est prévue en 2031 avec 8,5 millions de visiteurs attendus dès la première année. Et à l'ouest, bientôt, trois parcs saoudiens. D'après l'Élysée, les Saoudiens ont choisi Cergy pour deux raisons : la connexion à Paris et la proximité avec Disneyland. La logique vendue aux journalistes : Disney le lundi, la tour Eiffel le mardi, leur parc le mercredi. Ils ne veulent pas prendre les visiteurs de Disney, mais les garder un jour de plus. Le gâteau grossit pour tout le monde.

Remarquez le renversement. En 1992, c'est Euro Disney qui débarque et aspire tout l'oxygène des parcs français ; Mirapolis ferme six mois avant. 34 ans plus tard, Disney est l'installé, le confortable, et c'est lui qui voit débarquer des nouveaux venus avec des milliards. Le chasseur devient le gibier.

Le Parc Astérix ne pourra jamais aligner de tels milliards, c'est vrai. Mais il n'a jamais joué à ça : son modèle, c'est l'inverse, investir moins mais plus souvent, une nouveauté puis une autre, sans jamais laisser le parc s'endormir. Disney annonce énorme et on attend huit ans. Sur le long terme, le petit budget régulier pique beaucoup plus que la grande annonce qu'on attend une décennie.

Mon avis, clairement : cette concurrence est la meilleure chose qui pouvait arriver aux visiteurs français. Depuis 30 ans, Disney et Astérix jouent sans adversaire à leur échelle et investissent à leur rythme, parce que personne ne les pousse. En cinq ans, ils vont avoir Universal d'un côté et trois parcs saoudiens de l'autre. Cela veut dire des nouveautés plus souvent, des hôtels rénovés, des attractions qu'on aurait peut-être vues en 2035 et qui arriveront en 2030. Nous tous, dans les files d'attente, sommes les gagnants, même si Cergy n'ouvre jamais. Je ne sais pas quand ni même si le premier parc ouvrira, mais je parie que la prochaine grande annonce de Disneyland Paris arrivera plus vite qu'elle ne serait arrivée sans celle-ci. La concurrence n'est pas une menace pour Disney : c'est un réveil.

6. Puy du Fou contre Dragon Ball : la guerre des imaginaires

Une voix n'est pas d'accord. Le 10 août, sur RMC, Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou, s'inquiète qu'on abandonne l'histoire de France au profit d'un projet saoudien. Sa crainte : diluer l'identité française.

Je respecte cette position, mais l'argument a un problème. Le parc des contes et légendes françaises a existé : il s'appelait Mirapolis, il était exactement sur ce terrain, et il est mort en cinq saisons. Et Dragon Ball, en France, c'est 30 millions d'exemplaires vendus, l'un des trois plus gros mangas du pays, diffusé au Club Dorothée dès 1988. Ce n'est pas une culture étrangère qu'on importe, c'est une culture que trois générations ont déjà dans leur bibliothèque. Le public a voté il y a 30 ans.

7. Verdict : une promesse, pas un chantier

Alors, est-ce que j'y crois ? C'est une promesse, pas un chantier : pas de vente de terrain annoncée, pas de licence signée, pas de relogement, et personne ne sait où passent les 6 milliards. Mais peu importe. Même si rien n'ouvre à Cergy, l'annonce va peser sur les prochains arbitrages de Disney, d'Astérix et d'Universal. Qu'un fonds souverain regarde la France comme un marché, ça relève le niveau de jeu.

J'espère juste une chose. Le cocktail de la fin des années 80, je l'ai raconté dans ma vidéo sur les échecs des parcs français : des élus qui veulent leur parc, de l'argent qui coule sans contrôle, aucune patience, et un marché saturé en cinq ans. Or regardez le calendrier : Disney Adventure World en mars, Astérix qui s'agrandit en 2027, Universal en 2031, et trois parcs à Cergy. Le rythme commence à ressembler à 1987.

Deux ingrédients sont clairement là : un projet né de la passion d'un chef d'État pour un manga, et 6 milliards sans répartition connue, de l'argent aveugle. Un autre a disparu : en 1987, ceux qui construisaient les parcs français n'en avaient jamais fait tourner un, alors que Qiddiya a livré, avec Six Flags aux manettes. Reste la patience, le seul ingrédient impossible à vérifier avant l'ouverture. Mirapolis, lui, n'en a jamais eu.

Trois marqueurs à surveiller dans les 12 prochains mois :

  • une vente du terrain par son propriétaire ;

  • une licence Dragon Ball signée avec les ayants droit ;

  • une annonce de Disneyland Paris sur la suite de Disney Adventure World.

Si aucun des trois n'arrive, vous saurez ce que valait le tweet de lundi.

Envie de savoir si ces trois parcs saoudiens à Cergy ont une chance de voir le jour ? Retrouvez l'enquête complète dans ma vidéo : 3 parcs d'attractions annoncés en France, dont un parc DRAGON BALL !

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Parzy

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Créateur de cette vidéo. L'envers du décor des parcs d'attractions.

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