
Les accidents qui ont changé les parcs d'attractions
Une blessure grave pour 15,5 millions de tours : statistiquement, les parcs d'attractions comptent parmi les loisirs les plus sûrs qui existent. Pourtant, quand un accident se produit, c'est la une de tous les journaux, parce qu'on y confie sa vie à une machine et à des inconnus. Et dans la majorité des cas, la machine n'est pas l'unique coupable : le drame naît presque toujours d'une décision humaine ou d'une maintenance ratée. Un essieu jamais remplacé, un toboggan conçu sans ingénieur, un ordinateur désobéi, une pompe ignorée, un harnais mal vérifié : voici cinq accidents, dans quatre pays, qui ont changé les règles du jeu pour tous les autres.
Une vidéo de la chaîne Parzy — l'envers du décor des parcs d'attractions.
S'abonner à la chaîne parcs1. Accidents de parcs d'attractions : le paradoxe de la sécurité
Ce jour-là, 16 personnes montent dans The Smiler, une montagne russe qui détient un record du monde : 14 inversions. Un train vide est détecté au milieu du parcours, alors le train suivant est arrêté : le système fait exactement ce pour quoi il a été programmé. Mais l'équipe technique, dans un cadre de procédures défaillantes, traite l'arrêt comme un faux positif, contourne manuellement la sécurité et envoie un train plein droit dans celui qui est arrêté.
Voici les vrais accidents, ceux qui ont changé les règles pour tous. Dans la majorité des cas, la machine n'est pas l'unique coupable : le drame naît presque toujours d'une décision humaine ou d'une maintenance ratée.
Selon l'IAAPA, la probabilité d'être gravement blessé sur une attraction fixe aux États-Unis tourne autour d'une blessure grave pour 15,5 millions de tours effectués. Mais un accident fait la une du monde entier, car on y confie sa vie à une machine et à des inconnus. Cinq accidents dans quatre pays : un essieu jamais remplacé, un toboggan conçu sans ingénieur, un ordinateur désobéi, une pompe ignorée, un harnais mal vérifié.
2. Expoland (Japon, 2007) : l'essieu qu'on n'a jamais remplacé
Expoland, bâti sur le site de l'Exposition universelle d'Osaka de 1970, est une institution japonaise depuis presque 40 ans. Son Fujin Raijin II, stand-up coaster de TOGO ouvert en mars 1992, fait voyager ses passagers debout, maintenus par un harnais dorsal : 1 050 mètres de rail, 40 mètres de haut, 75 km/h.
Les essieux subissent des charges cycliques inversées : à chaque courbe, la force s'applique d'un côté puis de l'autre. C'est la fatigue des métaux : même un essieu parfait finit par développer des microfissures. D'où l'obligation au Japon d'inspections régulières par ultrasons ou particules magnétiques. Sauf qu'Expoland ne les a pas faites.
Les essieux n'avaient pas été remplacés en 15 ans, malgré plusieurs centaines de cycles par jour.
L'inspection annuelle détaillée de février 2007 n'a pas été réalisée, faute, selon le parc, d'espace pour démonter les trains. L'essieu n'avait même pas été inspecté visuellement depuis février 2006.
En mars 2007, le parc remet pourtant aux autorités de Suita un rapport affirmant que les contrôles ont été faits. Selon l'acte d'accusation, il ne reflétait pas la réalité.
Le 5 mai 2007, l'essieu du deuxième wagon se brise à environ 200 mètres de la fin du parcours. Le wagon s'incline à environ 45 degrés et le train roule encore une centaine de mètres. Yoshino Kogawara, 19 ans, étudiante, assise à l'avant gauche, est écrasée contre la rambarde de la passerelle de maintenance. Elle meurt sur le coup ; 19 autres personnes sont blessées. L'essieu n'avait plus que 25 % de sa section intacte : 75 % étaient fissurés par la fatigue. Trois dirigeants sont inculpés pour négligence professionnelle ayant entraîné la mort. Le parc ferme définitivement en décembre 2007, liquidé en février 2009. La leçon : une attraction sûre le jour de son ouverture ne le reste que si on la maintient.
3. Verrückt (Kansas, 2016) : le toboggan conçu sans ingénieur
Verrückt (« fou » en allemand) : 51 mètres, certifié par le Guinness Book comme le plus haut toboggan aquatique du monde à son ouverture en juillet 2014. Ici, le problème commence dès la première esquisse. En novembre 2012, Jeff Henry, copropriétaire du groupe Schlitterbahn Waterparks, veut le plus haut toboggan du monde pour impressionner les producteurs de Travel Channel qui tournent Xtreme Waterparks dans son parc.
Ni Henry ni son associé John Schooley n'ont de formation en ingénierie dynamique. Selon l'acte d'accusation, ils n'ont fait aucun calcul de dynamique géométrique, ce qui prend normalement 3 à 6 mois. 36 jours pour le plus haut toboggan aquatique du monde, sans ingénieur qualifié, par essai-erreur : des radeaux vides qui s'envolent, encore et encore. La solution ? Des filets de sécurité tenus par des arceaux métalliques au-dessus d'un parcours où des radeaux chargés d'humains peuvent décoller. Schooley aurait déclaré, selon les documents judiciaires : « si on savait vraiment comment faire et que c'était si simple, ça ne serait pas si spectaculaire ».
Dès l'ouverture, les incidents s'enchaînent : commotions, hernies discales, lacérations, radeaux qui décollent sur la deuxième bosse, sangles Velcro qui lâchent. Un consultant externe juge le toboggan inachevé et dangereux ; son rapport est ignoré. Le 7 août 2016, journée d'entrée gratuite pour les élus locaux, Caleb Schwab, 10 ans, fils du représentant du Kansas Scott Schwab, monte les 264 marches avec deux femmes qu'il ne connaît pas. Assis à l'avant, il est éjecté quand le radeau décolle sur la deuxième bosse et percute un arceau métallique du filet. Il a 10 ans.
Le Verrückt est démoli en 2018. Henry et Schooley sont inculpés de meurtre au second degré et de 17 autres chefs, le directeur des opérations d'homicide involontaire ; la famille obtient un règlement civil de près de 20 millions de dollars. Mais en février 2019, un juge annule toutes les charges criminelles, le procureur général ayant présenté au grand jury des preuves irrecevables, dont des images scénarisées de Travel Channel. Personne n'est allé en prison. Le Kansas permettait aux parcs aquatiques de s'auto-inspecter : aux États-Unis, la Consumer Product Safety Commission ne couvre que les attractions itinérantes, et chaque État fait ce qu'il veut pour les parcs fixes. En avril 2017, le gouverneur Sam Brownback signe une loi interdisant l'auto-inspection. Scott Schwab, tremblant, dit à ses collègues que cette loi n'est pas pour Caleb, mais pour le prochain gamin qui partira en week-end au Kansas.
4. The Smiler (Alton Towers, 2015) : l'ordinateur avait raison
The Smiler, ouvert en mai 2013 à Alton Towers, construit par l'allemand Gerstlauer : 14 inversions, record du monde, 18 millions de livres. Il repose sur le système de blocs : le circuit est découpé en sections, deux trains ne peuvent jamais occuper le même bloc, et si un train s'arrête, le suivant est automatiquement bloqué.
Le 2 juin 2015, un train vide est envoyé en test par des vents de 74 km/h, bien au-delà de la limite de 55 km/h fixée par Gerstlauer. Manquant d'élan, il s'immobilise dans la section des batwing, invisible depuis la gare de contrôle. Le système bloque le train suivant sur le lift. Mais l'équipe technique y voit un bug informatique, pas un signal de sécurité ; un ingénieur dira au procès avoir ressenti une pression pour remettre l'attraction en service. La sécurité est contournée et un train de 16 personnes est lancé.
La collision fait 16 blessés, dont cinq graves. Leah Washington, 17 ans, et Vicky Balch, 20 ans, sont amputées d'une jambe ; Joe Pugh, 18 ans, a les deux rotules fracassées. Les blessés restent coincés plusieurs heures. En novembre 2015, Alton Towers admet publiquement une erreur humaine. En avril 2016, Merlin Entertainments, deuxième opérateur de parcs au monde, plaide coupable de violation du Health and Safety at Work Act. Pour le juge Michael Chambers, la cause profonde est l'absence de système structuré de gestion des pannes : formation inadéquate, procédures floues. Amende : 5 millions de livres. The Smiler rouvre en mars 2016 avec 30 modifications validées par le HSE, dont une mesure automatique du vent. Il fonctionne toujours en 2026. La leçon : la machine avait raison. Les systèmes modernes sont conçus pour être de plus en plus difficiles à contourner, afin d'empêcher d'ignorer une alarme.
5. Dreamworld (Australie, 2016) : la pompe qu'on a ignorée
Thunder River Rapids est une rivière rapide comme on en voit partout : des bouées circulaires de six personnes, un canal propulsé par deux pompes, ouvert depuis 1986, classé familial, accessible dès 2 ans. Le 25 octobre 2016, cinq mois après la mort de Caleb, quatre personnes y meurent.
Une des deux pompes tombe en panne, le niveau d'eau chute, et un radeau vide se coince sur le convoyeur de fin de circuit. Environ une minute plus tard, un radeau transportant quatre adultes et deux enfants de 10 et 13 ans le percute ; le convoyeur, qui tourne toujours, le pousse à la verticale. Kate Goodchild, 32 ans, son frère Luke Dorsett, 35 ans, le compagnon de Luke, Roozi Araghi, 38 ans, et Cindy Low, 42 ans, sont tués. Les deux enfants survivent, « presque un miracle » selon le commissaire Brian Codd.
La pompe avait déjà lâché deux fois ce jour-là, à 11 h 50 et 13 h 09 ; les opérateurs l'avaient simplement réinitialisée. Cinq arrêts dans la semaine, tous liés au même défaut.
Aucun capteur n'arrêtait l'attraction si l'eau descendait sous un seuil critique.
Le bouton d'arrêt d'urgence existait, mais les deux opérateurs, dont l'un était en formation depuis le matin même, n'ont pas réagi assez vite.
En 2001, deux radeaux vides s'étaient déjà percutés de la même façon. Un responsable avait écrit qu'il en avait des frissons en imaginant la scène avec des visiteurs.
En juillet 2020, Ardent Leisure, maison mère de Dreamworld, plaide coupable de trois chefs d'accusation au titre du Work Health and Safety Act du Queensland : 3,6 millions de dollars australiens d'amende. L'attraction est démolie, remplacée par le coaster Steel Taipan. Les attractions les plus dangereuses sont celles qu'on oublie d'inspecter parce qu'on les croit inoffensives.
6. New Texas Giant (Texas, 2013) : le harnais mal vérifié
Le Texas Giant, coaster en bois de 1990 à Six Flags Over Texas, était devenu brutal. Rocky Mountain Construction (RMC), jeune entreprise de l'Idaho, y pose son rail en acier I-Box : la première conversion hybride bois-acier de ce type au monde. Le New Texas Giant ouvre en avril 2011, avec une première chute passée de 53 à 79 degrés. Les trains Gerstlauer, thématisés en Cadillac 1961, n'ont alors qu'une lap bar individuelle hydraulique, sans ceinture.
Le 19 juillet 2013, Rosa Esparza, 52 ans, grand-mère, s'assoit seule au troisième rang du train rouge. Selon le rapport de police d'Arlington, un employé trouve sa barre « un peu haute », mais le panneau de contrôle ne signale aucune anomalie et autorise le départ. Une visiteuse, Carmen Brown, témoignera l'avoir entendue exprimer des inquiétudes sur la fermeture de sa barre. Sur la deuxième bosse, elle est projetée vers l'avant ; sur la troisième ascension, elle est éjectée et chute de 23 mètres. Sa fille et son gendre doivent finir le tour sans savoir.
Cas le plus ambigu : la police ne relève aucun acte criminel et Six Flags déclare qu'aucune défaillance mécanique n'a été constatée. Mais la famille soutient que des inspections post-accident ont révélé des incohérences intermittentes dans la détection des harnais, et évoque le remplacement d'un interrupteur de fin de course défectueux sur son siège. Un règlement amiable est conclu en 2014. Six Flags ajoute ensuite des ceintures, des pads redessinés et un siège-test à l'entrée de la file. Point clé : un voyant vert signifie qu'un contact électrique est fermé, pas que la barre est physiquement serrée contre les cuisses. C'est la différence entre sécurité logique et sécurité physique.
Conclusion : la technologie existait
Cinq accidents, un même schéma : à chaque fois, la technologie existait pour empêcher le drame. Pourtant, aux États-Unis, l'exemption fédérale de la CPSC pour les parcs fixes est toujours en vigueur, et sa suppression, régulièrement proposée au Congrès, n'a jamais abouti. Derrière chaque machine, il y a des décisions humaines, des budgets, des pressions et des raccourcis. N'oubliez pas pour autant que les parcs restent l'un des loisirs les plus sûrs au monde : le trajet pour s'y rendre est plus dangereux que les attractions.
Envie de comprendre comment ces drames ont changé la sécurité des parcs ? Retrouvez l'enquête complète dans ma vidéo : Les accidents qui ont changé les parcs d'attractions
Parzy
Créateur · Parzy
Créateur de cette vidéo. L'envers du décor des parcs d'attractions.
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